Vernissage samedi 29 aout 2026 de 18h à 22h
Exposition du 29 aout au 31 octobre 2026
Malte Martin « ACUPUNCTURE MIKADO »
« Sculpter l’espace, faire lieu.
Décaler les usages, troubler l’espace du quotidien.
Détourner les objets habituels
pour leur rendre de nouveau leur poésie.
Jouer avec l’espace, déjouer l’attendu. »
La galerie est un espace clos que j’aimerais bien dépasser. L’idée
pourrait être d’appliquer une sorte d’acupuncture avec de fines tiges qui
transperceraient la peau de cet espace pour permettre à l’imaginaire des
visiteurs de poursuivre le mouvement de ces lignes de force au-delà de
cet espace.
La référence au jeu de mikado permet de travailler sur une composition
perçue à première vue comme chaotique ou le fruit du hasard, et qui
pour autant sculptera l’espace.
Chaque visiteur devra trouver son chemin, au-dessus, en dessous,
entre labyrinthe, jungle et endroit refuge…
Malte Martin
Entretien avec Malte Martin
Questions de Stéphane Guglielmet
Est-ce que tu peux me parler de ton projet d’installation pour la galerie Territoires Partagés ?
Quand je suis venu voir le lieu pour la première fois, j’ai vu ce volume un peu particulier, un peu comme deux garages, pas en parallèle mais en longueur. Il y a ce côté presque tunnel, tout en profondeur. Ce volume n’est pas évident et en même temps il me défiait. Comment est-ce que je m’engage dans cette profondeur ? En même temps, cela tombait bien parce que j’ai une préoccupation ces dernières années, plutôt un terrain de recherche, que j’appelle « lieu-sculpture ou sculpture-lieu », c’est-à-dire de prendre un espace, un lieu et de le transformer pour en faire une sorte de sculpture. Pas dans le sens traditionnel du terme, pas comme un objet autour duquel on pourrait tourner. C’est l’espace qui devient la sculpture et on s’engage à l’intérieur de cet ensemble. Une sculpture dans laquelle on peut se promener.
J’ai donc essayé de réfléchir à ce que je ferais, dans ce lieu particulier avec cette profondeur-là, pour créer ce rapport que j’appelle lieu-sculpture. Il y a aussi quelque chose d’important pour moi, c’est la notion de langage. On a quelquefois des langages visuels très établis et des langages qui sont encore en devenir. Cette notion de mikado ou d’acupuncture que j’introduis, c’est autour d’un matériau très modeste que j’ai commencé à travailler il y a 4-5 ans : des tiges, des tasseaux (qui peuvent prendre différentes dimensions), mais ici ce sont des tasseaux de 4 cm sur 4 cm et qui font jusqu’à 5 mètres de long. Ce sont des objets qui ne couvrent pas de grandes surfaces, qui sont relativement fins. Quand on en pose un quelque part, on peut presque passer à côté. Mais quand on commence à composer avec plusieurs, à avoir des constellations, on commence à avoir un espace qui se compose autour des verticalités. J’ai repris cette piste de travail, en me disant que j’étais comme un géant qui a le pouvoir de percer avec ces tiges de mikado ou des aiguilles d’acupuncture l’espace de la galerie. Comme si j’étais au premier étage et que les aiguilles traversaient la galerie au rez-de-chaussée par le haut, pas le côté, par le voisin… Et petit à petit, avoir quelque chose qui va traverser, ponctuer cet espace et introduire une sorte de chaos dans cet espace bien rangé. Cela provoque une sorte de labyrinthe dans lequel on doit trouver son chemin, quelque chose entre le labyrinthe, le chaos, la forêt, la jungle. Ce n’est plus l’espace white cube vide de la galerie où les choses sont sur les murs. Il n’y a plus rien sur les murs et tout est dans l’espace. Il faut trouver son chemin.
Est-ce que tu peux nous parler du titre ? Il y a la notion de soin avec l’acupuncture, une notion de jeu avec le mikado, comment tu pourrais nous parler de cette association ?
C’est vrai que j’ai tourné pas mal autour de la dénomination. Il y a toujours une ambivalence qui reste, que j’assume. Est-ce que c’est plus du côté du mikado ou de l’acupuncture ? L’acupuncture renvoie au soin, mais surtout à un état précédent durant lequel on a mal. C’est là où ce travail autour du chaos, du labyrinthe durant lequel on peut se perdre m’intéresse par rapport au moment présent. On vit dans un monde de chaos qui s’est installé, je pense ne pas être le seul à le resentir. C’est assez angoissant et on ne sait pas comment on va s’en sortir. Chacun doit trouver son chemin. C’est là où cette notion de soin est intéressante. Il y a peut-être des solutions de soin à trouver.
Est-ce que tu penses que l’art doit être un remède ? Un contrepouvoir politique à ce qui se passe dans le monde ?
Je pense profondément que chaque acte de création est à la fois poétique et politique, et en même temps je ne veux pas prétendre que l’art, seul, peut soigner le monde. Pour moi, l’artiste est un sismographe, quelqu’un qui est traversé par le monde et les formes qu’on crée témoignent d’une manière ou d’une autre de l’état du monde. Ils peuvent alerter, interroger, transformer parfois poétiquement ce chaos. Je ne prétends pas qu’on puisse, nous artistes, être le contrepouvoir qu’il faudrait, mais peut-être y contribuer.
Dans ton projet, tu souhaites qu’il y ait une évolution. Est-ce que tu peux nous dire quelle forme elle prendrait ?
Je voudrais qu’il y ait une deuxième partie, compte tenu du fait que j’ai deux mois devant moi, ce qui est un temps long. Comme je travaille sur cette notion de transformation des espaces par un acte plastique, je voudrais, sur la base des mêmes matériaux, passer de la notion de chaos et de labyrinthe vers une notion d’abri et de refuge. Qui irait dans le sens du soin. De retrouver des repères dans le chaos, des moments où on se sent à l’abri. Je n’ai pas déterminé exactement la chose, à la différence de cette première étape pour laquelle j’ai réalisé des maquettes. Tout en me rendant compte, en travaillant dans le lieu, que je ne peux pas faire exactement pareil. Là, je le fais en live et chaque tige sera mise à son endroit, l’une après l’autre, sans que je puisse le déterminer avant sur un plan. J’ai fait une sorte de croquis pour la première composition et, pour la deuxième, je veux d’abord vivre dans l’installation pour déterminer comment je la transforme.
En parlant de vivre dans l’installation, est-ce que l’intervention du public, leurs déplacements dans la sculpture vont t’aider à réfléchir ? Est-ce qu’ils vont devenir des pratiquants ? Est-ce qu’ils vont avoir une influence sur l’évolution de la composition ?
Je veux me mettre en position d’observation : comment chacun trouve son chemin ? Peut-être qu’il y aura des manières totalement inattendues de faire qui vont me donner des indications, des inspirations pour la deuxième phase. Par où est-ce que je peux modifier les espaces, fermer des chemins ou au contraire laisser des endroits ouverts ?
C’est un plaisir de se mettre en observateur de ce qui va se passer.